
Lumières croisées : Rencontre entre les Lumières d'Orient et d'Occident
Avant-propos : Mémoire géoculturelle et beauté par-delà les frontières
« La lumière » est un langage universel transcendant les frontières géographiques et culturelles. Pour l'exposition collective « Lumières Croisées », la commissaire Carina Chang réunit douze artistes originaires de Taïwan, du Japon et de Malaisie, mettant en avant des créateurs dont l’œuvre se nourrit du dialogue fertile entre l’Orient et l’Occident. À travers leurs regards, nous découvrons comment les traces de l’histoire s’entrelacent avec la modernité, tissant une conversation subtile entre la mémoire et les sens.
Note de l’Éditeur
En 2026, alors que nous faisons défiler des fragments numériques sur nos écrans, le poids physique de l'art s'oublie peu à peu. L'image numérique ne peut reproduire l'ombre portée par les couches d'huile et d'acrylique, ni capturer la profondeur de la lumière réfractée par l'émail ou l'éclat métallique qui change selon chaque perspective. Vanzoï Lin recompose l'histoire sur la porcelaine, tandis que Shinya Yamamoto questionne le hasard dans le cadre du carré. Lin Wen-hsuan, Tzu Yi Wang et Tinting réfractent les images rémanentes de la mémoire et de l'émotion. Mr. Likey, KUO3 et Phyllis Chua échantillonnent les rythmes et les codes urbains. Enfin, Cao Xuan, Sophie Wu, Emmy Chen, Paulina et Enmo Lin saisissent le flux pur de la nature et de la vie. Ces 13 âmes rayonnent à travers leurs créations ; leurs œuvres ne deviennent réelles que par le jeu de l'ombre et de la lumière dans l'espace. Dans cette ère fragmentée, nous revenons à l'objet physique — pour retrouver, une fois de plus, une raison de s'arrêter et de voir vraiment.

De Taipei et Kyoto à Paris — Une pratique artistique par-delà la verbalisation
Deux artistes aux liens profonds avec la France, Vanzoï Lin et Shinya Yamamoto, proposent des œuvres qui se distinguent des tendances de sur-verbalisation et du primat du concept dans l’art contemporain.
La porcelaine peinte sur glaçure de Vanzoï Lin recèle une histoire profonde d’échanges culturels, plongeant dans une archéologie visuelle du « quoi peindre » qui témoigne d’une quête absolue d’exigence technique et documentaire. Il déconstruit et réorganise les ornements rococo de la Manufacture de Sèvres avec les codes iconographiques du commerce eurasiatique du XVIIIe siècle, tels que Meissen, Lowestoft, ou encore la porcelaine de Canton (famille rose) de l’époque Qianlong. Ses œuvres sur porcelaine constituent une réémergence de l’archéologie visuelle de la mémoire culturelle.
Les œuvres de Shinya Yamamoto se concentrent sur une exploration purement matérielle du « comment peindre ». À travers sa série « My Squares », il propose une réflexion sur le primat du concept qui domine l'art depuis Marcel Duchamp. Utilisant le carré rationnel comme une structure inévitable, il accueille d’innombrables « accidents » nés de la superposition et de l’application de la peinture à l’huile. Pour Yamamoto, la peinture doit s’affranchir de la « matière grise » , la pensée purement cérébrale, pour stimuler directement les sens du spectateur. Il s'agit d'un retour vers l'essence même de la matérialité de l'objet d'art et de la puissance de l'acte pictural.
Bien qu’empruntant des chemins différents, l’un dédié à la profondeur du sujet (« quoi peindre »), l’autre à l’acte de peindre (« comment peindre ») , tous deux retrouvent, à travers la réfraction de la lumière, la puissance de l'œuvre d'art en tant que présence physique.

Lueurs du quotidien : De l’observation au cadre de perception
La lumière est ordinaire dans la vie quotidienne, mais par la traduction des artistes, elle devient une tapisserie culturelle. Cao Xuan capture, par une peinture à l’huile délicate, la lueur d’un 7-Eleven comme une présence réconfortante dans la nuit. Enmo Lin, à travers sa série Chasing the Shadow of Light, explore la philosophie de la symbiose entre l’ombre et la lumière, considérant l’ombre comme le témoin de la lumière ; c’est de leur union que naît l’intégrité de la vie. Phyllis Chua, s’appuyant sur son parcours en anthropologie, observe l’abondance du vivant en transposant des textures dessinées à la main par une expansion numérique sur toile, symbolisant la liberté de l’esprit au-delà du temps linéaire et la régénérescence de la vitalité. Lin Wen-hsuan utilise des miroirs et des ouvertures architecturales pour inviter le spectateur à prendre conscience de la relation entre sa propre image et la réalité, oscillant entre réalisme et flou. Le pinceau de Tzu Yi Wang danse entre l'innocence de l'album illustré et la touche classique, juxtapuasant habilement le symbole oriental du Qipao à un monde fantastique. Enfin, Mr. Likey, venu de New York, réinterprète les codes de la pop culture avec Snoopy Brown, une figure hybride illustrant avec humour la ressemblance croissante entre les maîtres et leurs animaux.

Rayonnement de l'univers et de la vie
Les artistes explorent comment la lumière se transforme en flux intérieur et en énergie de guérison, révélant les couleurs de la vie après l’épreuve. Paulina (Pui Ling) nous introduit dans le monde onirique de l’Ebru, transformant cet art millénaire en une lumière thérapeutique contemporaine. Emmy Chen utilise le bleu comme couleur primaire de la lumière, transformant son expérience personnelle en un éclat aussi résistant et pur que le diamant. KUO3 (Kuo San) considère la création comme une preuve d’existence, manifestant une force spirituelle dans le silence de son œuvre Good Luck Tree. Tinting (Lin Wen-ting) porte la mémoire de sa mère, transmettant par ses œuvres une chaleur apaisante où l'amour demeure. Sophie Wu explore les médiums par l’intuition, capturant dans la forêt et la nature une inspiration brute et empreinte de curiosité.
Lumières Croisées est une célébration où se rencontrent de multiples perceptions. De la nostalgie artisanale du XVIIIe siècle à l'éclat éphémère de la feuille d'or de Kyoto, des néons urbains modernes à l'exploration de l'univers intérieur, ces artistes tissent ensemble un réseau de sens qui traverse le temps et l'espace. Ici, l'obscurité de l'Orient et la clarté de l'Occident se répondent, nous invitant à redéfinir les possibilités de la « beauté » au moment de leur rencontre.
Vernissage: Feb 5th: 17:00 – 20:00
Public Viewing Hours:
Feb 5th: 14:00 – 17:00
Feb 6th – 8th: 14:00 – 18:00
Feb 10th: 14:00 – 17:00
(Closed on Monday, Feb 9th)
Galerie Mona Lisa 32 Rue de Varenne, 75007 Paris, France

Une plateforme internationale d'expositions d'art fondée en 2020, fondée par Carina Chang avec pour mission de favoriser des échanges culturels significatifs entre l'Europe et l'Asie par le biais de l'art contemporain.
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